Le film F1 agacera les fans de sport automobile – et c’est bien

Le film F1 agacera les fans de sport automobile - et c'est bien

Attention, cet article contient quelques spoilers pour le film F1.

Il faut bien avouer que les films de course automobile ne sont pas légion, et quand un réalisateur ose s’attaquer à ce sport, on s’attend logiquement à du spectaculaire, du dangereux, du passionné. Pourtant, au fil des années, on a surtout eu droit à des productions assez inégales, entre chefs-d’œuvre comme Le Mans ‘66 ou Rush, et d’autres films plus approximatifs, parfois un peu trop sérieux ou au contraire lisses, comme Gran Turismo ou Race for Glory.

Ce qui complique la tâche, c’est que les fans de sport auto sont souvent très exigeants et pointilleux. La moindre incohérence technique ou historique peut déclencher une avalanche de critiques sur les forums spécialisés. On peut donc comprendre pourquoi les cinéastes hésitent parfois à plonger dans ce milieu ultra-précis.

Un film F1 qui mise sur l’action et l’émotion

Joseph Kosinski, après son succès avec Top Gun: Maverick, a décidé de relever le défi avec F1: le film. Soutenu par la Formule 1 elle-même et avec Lewis Hamilton comme producteur exécutif, le projet a bénéficié d’un accès inédit : des scènes tournées lors de vraies courses en 2023 et 2024, des acteurs comme Brad Pitt et Damson Idris qui ont pu prendre le volant de vraies voitures de F2 modifiées. On sent une volonté claire de retranscrire l’intensité et le réalisme de ce sport.

F1: le film

F1: le film

Mais il ne faut pas s’attendre à un documentaire. Le scénario suit Sonny Hayes (Brad Pitt), un pilote légendaire des années 90 dont la carrière a été brisée par un grave accident. Il reçoit une nouvelle chance grâce à Ruben Cervantes (Javier Bardem), un ancien rival devenu patron d’équipe. Le récit s’appuie sur une équipe fictive, APXGP, mais intègre des événements proches de la réalité des saisons récentes.

Personnellement, j’ai trouvé ce choix de personnage un peu décalé, notamment parce qu’Hayes semble avoir plus de 60 ans, ce qui ne colle pas avec l’âge habituel des pilotes F1. La chronologie est un peu floue, avec des scènes à Daytona en plein milieu de la saison F1, un anachronisme flagrant. Mais honnêtement, c’est un blockbuster d’été, et il faut parfois accepter quelques libertés pour profiter pleinement du spectacle.

Entre réalisme et licence cinématographique

Le film se permet aussi quelques libertés plus discutables. Par exemple, une intrigue tourne autour d’une course truquée, une tactique qui donne un avantage injuste à l’équipe APXGP. Dans la vraie vie, ce genre de manœuvre a été sévèrement punie, comme le fameux Grand Prix de Singapour en 2008 qui a valu une suspension à vie (puis levée) à Flavio Briatore. Dans le film, c’est presque passé sous silence, ce qui peut laisser perplexe les initiés.

F1: le film

F1: le film

Je comprends que pour bâtir un récit dramatique, il faut parfois s’éloigner un peu de la stricte réalité, mais ce genre d’éléments peut refroidir ceux qui s’y connaissent un minimum. D’autres intrigues auraient pu être tout aussi prenantes sans verser dans ce genre de raccourcis un peu gros.

En revanche, il faut saluer la qualité des scènes de course. Les caméras embarquées et les plans larges, qui avaient déjà fait sensation dans Top Gun: Maverick, créent une immersion incroyable. L’attention portée aux sons des moteurs modernes, moins bruyants et plus subtils, évite aussi un piège facile. On ne retrouve pas les rugissements typiques des V10 d’antan, mais plutôt la réalité sonore des moteurs V6 hybrides actuels, ce qui est un vrai plus pour l’ambiance.

Un film accessible mais pas parfait

Sur le fond, l’histoire suit un schéma assez classique du drame sportif, avec la rivalité entre l’« ancien » et le « jeune talent », ici incarné par Damson Idris. Le scénario est parfois prévisible, et la romance entre Hayes et Kate (Kerry Condon), la première directrice technique en F1, manque cruellement de profondeur. J’ai trouvé dommage que le film ne pousse pas plus loin la représentation des femmes dans ce milieu, alors même que la F1 met beaucoup d’énergie à encourager leur présence aujourd’hui.

F1: le film

F1: le film

Malgré ces défauts, F1: le film reste un divertissement très réussi. C’est un long métrage visuellement impressionnant, bien rythmé, et qui sait capturer l’excitation des courses sans perdre le spectateur dans des détails techniques trop lourds. Si vous êtes un fan absolu, vous aurez peut-être envie de râler sur certains aspects, mais pour le grand public, c’est une belle porte d’entrée vers le monde de la Formule 1.

Pour ma part, je suis sorti de la salle avec l’envie de suivre de plus près la saison en cours. Et franchement, c’est déjà pas mal quand un film de sport arrive à vous donner ce petit déclic !

F1: le film

F1: le film

Et si vous vous apprêtez à râler sur Reddit parce que le film ne parle pas assez des stratégies de levage de pied ou de la dégradation des pneus, prenez une pause, éteignez l’ordi et répétez après moi : c’est un film. Pour la vraie F1, il y a les Grands Prix, et comme on l’a vu récemment avec le Grand Prix d’Autriche, ça peut être sacrément palpitant en vrai.