Le JCB Hydromax : dans les coulisses de la prochaine tentative de record de vitesse terrestre en Grande-Bretagne

Le JCB Hydromax : dans les coulisses de la prochaine tentative de record de vitesse terrestre en Grande-Bretagne

JCB Hydromax : quand un constructeur britannique de pelles rétro se met à la voiture de record

Quand on pense à JCB, la dernière chose qui vient à l’esprit, c’est une voiture de course hyper rapide. Pourtant, ce titan de la construction, célèbre pour ses pelleteuses jaunes iconiques, possède plusieurs records de vitesse insolites : celui du tracteur le plus rapide à 217 km/h, d’une chargeuse-pelleteuse à 117 km/h, et même le record de vitesse absolu pour un véhicule diesel, avec 563 km/h en 2006 via leur streamliner Dieselmax.

Pas mal pour une entreprise de machines de chantier, non ? Aujourd’hui, ils veulent relever un nouveau défi : battre le record de vitesse terrestre… tout en utilisant de l’hydrogène.

JCB Hydromax - avant

JCB Hydromax – avant

Hydrogène : le pari technique derrière l’Hydromax

Alors, pourquoi l’hydrogène ? JCB mise sur une approche différente des voitures électriques à pile à combustible. Ici, on parle de moteurs à combustion interne classiques, mais alimentés par de l’hydrogène gazeux. Résultat : pas d’émissions de dioxyde de carbone au moment du ravitaillement, ce qui est un gros plus pour leur métier où le diesel règne encore en maître.

Ils ont déjà testé des moteurs à hydrogène sur le terrain, notamment sur la fameuse pelle rétro 3CX que tout le monde associe à JCB. Le moteur de base est un quatre cylindres turbocompressé de 4,8 litres, qui développe en version classique 74 ch et un couple de 440 Nm. Mais pour viser le record, ils ont complètement repensé cette base : le nouveau moteur fait grimper la puissance à 800 chevaux et 1 760 Nm de couple, tout en perdant 95 kg sur la balance. Et surprise, l’Hydromax embarque deux de ces moteurs.

Les deux moteurs sont montés à l’avant et à l’arrière, chacun entraînant un essieu par une boîte six vitesses, et sont inclinés pour bien répartir le poids. Le refroidissement est plutôt original : chaque moteur est assisté par un réservoir de glace de 250 kg qui fond progressivement pour maintenir une température optimale.

Pour faire fonctionner tout ça, l’Hydromax embarque deux réservoirs d’hydrogène pressurisés à 700 bars, soit le double de la pression qu’on trouve sur les pelles hydrogène JCB classiques. Le total atteint 1600 chevaux et plus de 3500 Nm de couple, avec une aérodynamique améliorée de 10 % par rapport au Dieselmax, et un poids réduit. Tout ça devrait leur permettre de viser le record historique à 563 km/h, voire le dépasser.

Des débuts prometteurs et un pilote de légende

Le projet est sérieux, même si le temps presse. L’équipe, rassemblée en juin 2025 avec des pointures comme Prodrive, Ricardo et Xtrac, a réussi à faire tourner le bolide à la RAF Wittering moins d’un an plus tard. J’ai eu la chance de suivre ces premiers essais, et je peux vous dire que l’ambiance est électrique, même si la voiture n’est pas encore prête à fendre l’air à pleine vitesse.

Le commandant de bord Andy Green avec le JCB Hydromax

Le commandant de bord Andy Green avec le JCB Hydromax

Une autre info qui fait rêver : c’est Andy Green, le pilote britannique qui possède déjà le record absolu de vitesse terrestre en réaction (763 mph, soit plus de 1227 km/h), qui est aux commandes. C’est l’homme qui avait déjà piloté le Dieselmax pour le record diesel, et le seul être humain à avoir franchi le mur du son sur terre. Rien que ça.

Les essais de l’Hydromax sur la piste d’essai militaire sont assez impressionnants, même si les vitesses atteintes sont encore bien loin des ambitions du projet. Pour l’instant, la voiture est limitée à environ 285 km/h, ce qui reste impressionnant pour une machine aussi rare et pointue, surtout sur une piste longeant une vraie piste d’avions encore en activité.

Un moment qui m’a marqué : Andy Green lançant la voiture à fond, la faisant quasiment disparaître dans la brume de chaleur, avant qu’elle ne se freine mollement avec des parachutes. Le son est étrange, pas du tout comme un moteur sport classique, plus proche du grondement rauque d’un vieux diesel Land Rover sur les rotules, mais avec la puissance de 1600 chevaux… c’est une dualité fascinante.

On se dirige vers Bonneville et un avenir à hydrogène prometteur ?

Le vrai test, c’est Bonneville, dans l’Utah, là où se trouvent les célèbres Salt Flats. La voiture sera transportée par avion dans la foulée des essais britanniques pour participer à la Speed Week, où elle visera le record officiel de la FIA. Avec des pistes allant jusqu’à 14 kilomètres, l’Hydromax pourra enfin se lâcher complètement.

L’hydrogène reste une technologie intrigante. Même si elle ne génère pas de CO₂, elle produit du dioxyde d’azote, pas franchement anodin pour l’environnement. Et puis sa production est encore assez gourmande en énergie. Mais JCB croit dur comme fer à cette technologie pour le secteur de la construction, de l’agriculture ou du transport lourd, où les batteries ont encore du mal à suivre sur la durée d’utilisation.

Pour atteindre ses objectifs zéro carbone d’ici 2050, JCB a déjà investi environ 115 millions d’euros dans le développement de moteurs hybrides, électriques ou à hydrogène. Leur position, c’est que la combustion d’hydrogène dans un moteur classique est une bonne façon d’avancer rapidement, sans réinventer la roue ni se passer de la puissance et de l’autonomie indispensables sur les chantiers.

JCB Hydromax - côté

JCB Hydromax – côté

Malgré le contexte économique compliqué où beaucoup de projets de records terrestres ont sombré (comme le projet Bloodhound qui s’est perdu depuis des années), JCB parvient à garder cette flamme pour la vitesse vivante. C’est rassurant de voir qu’il reste des ingénieurs motivés à tester de nouvelles pistes et à repousser les limites du possible.

Personnellement, je trouve ça génial de voir un acteur aussi pragmatique que JCB s’attaquer aux défis environnementaux avec ce genre d’initiative. Ce n’est pas un rêve exotique, c’est un plan sérieux avec un pilote d’exception, et on a hâte de voir s’ils réussiront à faire parler la poudre sur les plaines de sel américaines !