Il y a quelques années, l’idée qu’une Lamborghini puisse être un SUV aurait paru saugrenue aux puristes de la marque. Pourtant, depuis la sortie de l’Urus en 2018, ce modèle n’a cessé de gagner en popularité. Si les Porsche Cayenne et Bentley Bentayga avaient déjà prouvé que les SUV prestige et rapides avaient leur public, les constructeurs spécialisés dans les supercars avaient jusque-là résisté à cette tendance.
Lamborghini a fait office de pionnier en misant sur ce marché, avec l’Urus qui ouvrait la voie. Les autres géants n’ont suivi qu’après. Aston Martin a lancé son DBX deux ans plus tard, Ferrari a attendu cinq ans pour proposer la Purosangue, et chez McLaren, le fameux SUV reste encore à l’état d’esquisse. Le pari de Lamborghini sur l’Urus était donc un moyen de tester si un SUV musclé pouvait séduire la clientèle habituelle de la marque, et au-delà.

L’Urus : un succès qui dépasse toutes les attentes
Je me rappelle quand j’ai vu l’Urus pour la première fois sur route, c’était un peu déstabilisant. Comment une Lamborghini pouvait-elle être aussi imposante et polyvalente ? Pourtant, aujourd’hui, c’est le modèle phare de la marque. Lamborghini a déjà produit plus de 20 000 Urus en un peu plus de quatre ans – un chiffre impressionnant qui a sans doute depuis largement doublé. En 2025, la marque a vendu un record de 10 747 véhicules, et ce SUV est clairement au cœur de cette réussite.
Lors du Goodwood Festival of Speed, j’ai rencontré Stefano Cossalter, qui gère toute la gamme Urus chez Lamborghini. Il m’a confié que même eux ont été surpris par l’immense popularité du modèle. Selon lui, alors que l’entreprise ne comptait que deux supercars – l’Aventador et la Huracan – l’Urus a ouvert une nouvelle porte. 80 % des acheteurs sont des novices chez Lamborghini, ce qui indique que ce SUV a attiré un public complètement nouveau.

Cette capacité à convaincre des clients qui auparavant ne pensaient pas à Lamborghini est fascinante. Plusieurs de ces nouveaux propriétaires se sont ensuite intéressés aux supercars de la maison, ce qui prouve que l’Urus fait office de porte d’entrée à la marque.
Des points techniques bien pensés pour garder l’âme « Lamborghini »
J’ai toujours été curieux de savoir comment Lamborghini pouvait proposer un SUV en partant des bases du groupe Volkswagen, tout en conservant un caractère unique. Stefano m’a expliqué que malgré l’utilisation de composants communs, ils ont retravaillé chaque élément lié à la sensation de conduite. Il insiste sur le fait que tout ce qui fait que l’on se sent au volant d’une Lamborghini sportive est signé par leurs équipes.
Avec la dernière version hybride rechargeable, l’Urus SE Performante, qui développe 801 chevaux, la marque fait face aux contraintes toujours plus strictes sur les moteurs thermiques tout en offrant encore beaucoup de sensations. Par exemple, la batterie de 25 kWh ajoute environ 300 kg au poids du véhicule. Ce surpoids est un véritable défi quand on parle d’un SUV déjà massif. En dépit d’un allègement de 32 kg par rapport à la version hybride classique, la Performante pèse tout de même 2 473 kg à vide.

Pour compenser ce poids, la Performante est équipée d’un logiciel intelligent boosté par un capteur 6D. Ce dernier analyse en temps réel les mouvements longitudinaux, latéraux, verticaux, ainsi que les variations d’angle (tangage, lacet, roulis) afin d’adapter la réponse de la voiture. Résultat ? Les sensations en virage sont plus dynamiques, la voiture reste plus stable, et on peut même freiner plus tard sans perdre en contrôle.
J’ai eu l’occasion d’être passager à Goodwood lors d’une démonstration, et franchement, la voiture colle au bitume mieux que ce à quoi je m’attendais avec un SUV de ce gabarit. C’est presque bluffant de pouvoir emmener cette masse comme une GT de course, tout en sentant la puissance et le freinage gigantesque – des disques carbone-céramique de 440 mm à l’avant, pour vous donner une idée.

Un avenir hybride et électrique pour Lamborghini ?
Dans ce moment un peu délicat pour l’industrie automobile, où les contraintes sur les moteurs thermiques deviennent plus sévères, Lamborghini affiche sa volonté de s’adapter. L’Urus a basculé intégralement en version hybride rechargeable depuis 2024. Leur objectif est de garder le plaisir et la grosse cylindrée emblématiques, tout en respectant les nouvelles règles.
Le développement du remplaçant de l’Urus est déjà en cours, et il devrait arriver avant la fin de la décennie. D’après Stefano, il utilisera aussi un groupe motopropulseur V8 hybride rechargeable, dans la lignée du modèle actuel.
Par ailleurs, bien que la demande pour les voitures électriques haut de gamme soit encore limitée, Lamborghini suit la tendance. La Lanzador, leur futur modèle électrique, est pour le moment repositionnée en version hybride rechargeable. Mais en coulisses, les recherches continuent pour les batteries et la technologie électrique complète.
« Tôt ou tard, une voiture électrique fera partie de notre gamme », assure Stefano. Et connaissant leur passion pour les supercars, je parie que ce sera le SUV qui ouvrira cette nouvelle ère tout en gardant une personnalité bien trempée.

À mon avis, l’Urus n’est pas juste un succès commercial : c’est un vrai tournant pour Lamborghini. J’ai toujours été sceptique à propos des SUV dans le monde des supercars, mais voir à quel point l’Urus arrive à mêler confort, puissance, et émotion me fait changer d’avis. La prochaine fois que j’en croiserai un, peut-être coincé dans un embouteillage, je le regarderai autrement.
