Quand on mentionne un moteur boxer, plusieurs images viennent tout de suite à l’esprit : une Volkswagen rétro, une Porsche qui rugit ou une Subaru turbo qui tonne. Ces trois marques ont vraiment tiré profit de cette architecture moteur peu commune, qui profite d’un centre de gravité bas et d’un équilibre remarquable. En revanche, elle est plus coûteuse que le classique moteur en ligne et plus complexe à caser que le moteur en V.
Mais vous seriez surpris de voir combien d’autres constructeurs, un peu oubliés aujourd’hui, ont tenté l’aventure du moteur boxer. Voici quelques exemples de voitures équipées de cette configuration, qui ne viennent ni de VW, Porsche, ni Subaru – et qui méritent qu’on s’y attarde un peu.
Des flat-fours italiens pas comme les autres : Lancia Gamma et Alfa Romeo Alfasud

Lancia Gamma Coupé
Lancia n’a jamais été du genre à suivre la foule. En 1960, elle monte un moteur quatre cylindres à plat sur sa Flavia, avant de continuer sur sa lancée en 1976 avec la Gamma. Ce modèle, qui se déclinait en berline ou coupé, embarquait un flat-four en 2,0 ou 2,5 litres. La version 2,0 litres avait même un avantage fiscal en Italie – un vrai coup de maître pour séduire les acheteurs.
Petite anecdote : le moteur de la Gamma avait une bizarrerie plutôt « inventive » mais risquée. La pompe de direction assistée était entraînée directement par la courroie de distribution – une idée qui a mené beaucoup de propriétaires à casser leur moteur en bloquant le volant à froid. Imaginez la surprise quand votre moteur vous coûte une grosse réparation pour un geste banal ! Je vous conseille vivement de contrôler cette pompe avant tout gros effort mécanique sur une Lancia de cette époque.

Alfa Romeo Alfasud
L’Italie était clairement très intéressée par les moteurs boxer dans les années 70. Alfa Romeo a aussi sauté le pas avec l’Alfasud, une voiture familiale très agile et charmante. Son quatre cylindres à plat a évolué de 1,2 à 1,7 litre et motorisé plusieurs modèles jusqu’en 1997, y compris la 33 et même la 145/146.
Malheureusement, l’Alfasud est tristement célèbre pour sa tendance à rouiller sévèrement – si vous êtes fan, mieux vaut qu’elle passe ses nuits dans un garage bien sec. J’ai vu certains exemplaires rouillés au point qu’on pouvait littéralement passer un coup de balai dessous, comme si vous rouliez dans un décor des Pierrafeu !
Quand les flat-fours jouent la carte française et américaine

Citroën GS
Chez Citroën aussi, on a joué avec des moteurs boxer à l’époque. La 2CV, célèbre pour son bicylindre à plat, imposait déjà cette architecture, tandis que la DS avait envisagé un six cylindres à plat avant de revoir ses ambitions. La GS, cette voiture à la fois élégante et futuriste, a reçu un quatre cylindres à plat refroidi par air allant de 1,0 à 1,3 litre. Les puissances n’étaient pas très élevées – de 54 à 66 ch – mais avec son poids plume et son aéro soignée, la GS n’était pas si paresseuse que ça.
Une petite remarque amusante : la GS a même été proposée un moment avec un moteur rotatif. Pas mal pour une voiture qu’on voit souvent comme une citadine classique !

Chevrolet Corvair
De l’autre côté de l’Atlantique, la Chevrolet Corvair de la fin des années 50 a surpris tout le monde. À une époque où les V8 imposants dominaient les routes américaines, cette voiture affichait un six cylindres à plat placé à l’arrière, refroidi par air – un style très européen, limite hors norme aux États-Unis.
En 1962, la Corvair s’est même offert une version turbocompressée, souvent citée comme la première voiture de série à avoir ça sous le capot… même si elle partage ce honneur avec l’Oldsmobile Jetfire.
Pourtant, ce qui reste le plus marquant dans la mémoire collective, ce n’est pas son moteur, mais un bouquin Unsafe at Any Speed, du militant Ralph Nader. Ce livre a mis en lumière un problème de tenue de route lié à sa suspension arrière et son moteur placé en porte-à-faux, donnant à la Corvair une réputation plutôt dangereuse.
Des moteurs boxer insolites et modernes

Yangwang U7
Plus surprenant encore, la marque chinoise Yangwang a repris le flambeau en proposant un moteur boxer dans sa berline de luxe U7 dès 2025. Cette voiture, typée grand luxe, existe en version 100 % électrique ou hybride rechargeable. La trouvaille ? Un quatre cylindres à plat turbocompressé de 2,0 litres, qui développe à lui seul 272 ch. Combiné aux moteurs électriques, la puissance totale grimpe à un incroyable 1 340 ch ! Clairement, c’est du grand spectacle pour une berline, même si à mon avis, ce genre de chiffres impressionne plus sur papier qu’au quotidien.
Dans la Formule 1 aussi, le boxer a pris des tournures… dingues

Lotus 43
Enfin, impossible de parler moteurs boxer sans évoquer la folie des années 60 en F1. Le moteur BRM P83, monté sur les Lotus 43, était un monument d’ingénierie absurde : un H16 de 3,0 litres, soit deux flat-eights empilés, avec deux vilebrequins indépendants mais un arbre de sortie commun. Résultat ? Une mécanique lourde, fragile et incroyablement complexe.
Le seul exploit de ce monstre mécanique fut une victoire avec Jim Clark au GP des États-Unis 1966. Mais soyons honnêtes, les voitures ne terminaient généralement pas la course. Un beau concentré de bras cassés, quoi ! Là-dessus, on peut dire que personne n’a retenté le coup depuis, la foudre n’étant pas vraiment l’amie des moteurs H16.
(Pas tout à fait) Ferrari Berlinetta Boxer

Ferrari 365 GT4 BB
Terminons par un petit malentendu classique. Les Ferrari 365 GT4 BB et 512 BB portent fièrement le nom de « Berlinetta Boxer », avec des flat-12 sous le capot. Pourtant, techniquement, ces moteurs ne sont pas des vrais boxers. Leurs cylindres opposés partagent des manetons sur le vilebrequin, alors que dans un moteur boxer, chaque cylindre a son propre maneton, ce qui crée ce mouvement symétrique et distinctif qui a donné son nom à la configuration.
Du coup, la Ferrari flat-12 est plutôt à voir comme un V12 à 180 degrés. Une nuance qui fait débat parmi les passionnés, mais au fond, c’est surtout une question de mots et de détails techniques.
Au final, cette petite balade hors des sentiers battus montre que le moteur boxer a fait des apparitions un peu partout, parfois surprenantes, parfois brillantes, parfois ratées. C’est l’une des motivations pour lesquelles l’automobile ne cesse jamais de nous surprendre.
